09 mars 2006
Les mots qui disent
Franck dit
que les mots qui disent
sont comme quelque chose de gagné sur le néant
sur l’ennemi géant
que les mots cachés
qui remontent à la surface
depuis les fosses marines
ces bêtes qui ne sont pas faites pour
la légèreté
qui explosent aux basses pressions de la surface
et sont laides parce que juste
internes
ouvrent un monde fendent
une gangue
dans le néant.
Que là où leurs loques se sont déposées,
où leurs viscères ont commencé à sentir,
affalées sur la grève,
un espace a commencé à exister,
un espace comme des pas japonais,
comme des loges pour une traversée.
Blanc blanc blanc blanc
et blanc et blanc et blanc
Empreintes de neige
conquises sur le néant
né antérieur
avant le naître
et dans le fruit de mes entrailles
qui coule et déborde ma bouche
avec son sang noir de raisin
en grappes de caillots
il y a la forme sur la neige
il y a une place
où moi
je pourrais décider ma chair.
22:19 Publié dans golems | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
08 mars 2006
Impénétrable
l’effraction de toutes les lèvres du corps.
Comment me suis-je
faite impénétrable ?
Mon corps dans la neige, envahi de neiges diagonales, à des portées de flèche de tout corps, de toute chair.
dans un silence qui efface.
Je me suis coulée dans l’esquive furtive de la biche, dans ce flou qui devient buisson. L’esquif m’échappe, on dit forclos. Je suis parmi un champ de neige, à chaque pas, je le déplace en même temps que ma jambe, il ne diminue pas. Il recule, poussé par mon œil. Ma main qui se tend, tend le champ de force. qui repousse. un pas en avant, trois pas en arrière. Qui voudrait se souvenir du dégoût ? Comment ressusciter le cadavre même de la mort ? Je serre sur moi les pans de son manteau, je m’enterre. imbécile amour. trop facile de faire gravir les pampres du désir, pas facile d’en fendre des eaux la mer Rouge, au devant de soi, en solitude.
Comme si l’adresse de moi-même était perdue, pour éviter la possibilité de la rencontre. Partie sans laisser d’adresse. Partie. Comprenez ? Je ne suis pas là.
Mais je suis là.
Ma peau est pliée en quatre, comme un drap. amidon, naphtaline : je ne porte pas le sexe sur mon visage.
Je porte le sexe sur mon visage. Pas le mien. (le mien je l’ai caché.) :
cette négation de son rien je la porte sur mon visage, c’est mon masque. il me recouvre. je ne porte pas le cri terrible, je suis masquée. d’autres ne peuvent s’empêcher de crier, moi je n’ai même pas de langue. je l’ai cachée dans ma bouche. je l’ai avalée. pour que le sexe ne la trouve pas. le rien-sexe. et moi je fuis en moi je coule en moi m’écoule comme une fonte comme une fente cachée qui engloutit la draperie de la ménade. je sombre, dans le sombre, un sombre qui masque l’ombre, pour ne pas qu’on voie les bords, un sombre clair, un clair opaque, une opacité rayonnante, ah, les tentacules de mes mots, les rayons de mes mots, les flèches barbelées de voyelles, la chair, la voit elle, voix elle, voie elle, s’étendent pleines de mucus hors de ma bouche hors de ma bouche blanche inventer ces rayons qui éventrent qui dévoilent le ventre qui le cernent qui portent sa tumeur au devant de moi, étendard de mes lèvres, étend dard, monstre, je dois te vivre, monstre, te manger, monstre, devenir toi, exactement toi, au même endroit que toi, exactement, pour te recouvrir, pour t’évincer, pour advenir.
20:16 Publié dans golems | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
06 mars 2006
See, sex and sung
Quand on sent
la peau sur la dure-mère
sur la roche grise
la face falaise
quand on sent tout son poids
à lever du bout des doigts,
du bout de l’ongle des pieds,
on sait que c’est mental,
on sait que c’est créer
créer la possibilité de l’ascension
créer par la force suggérée
de la certitude du mouvement
accoucher de l’énergie
qui emportera dans sa vague
l’impossible.
Ainsi
devant la peau du néant
où j’aperçois à tâtons
la prise d’un mot,
la saillie d’un lieu de chair
que ce mot dépose
pour le crier
pour l’annoncer
pour lui faire place.
Mon sexe est dans mon cœur,
n’en doutez pas.
je sais déjà
faire l’amour
d’abord c’est moche
on ne le fait pas
on le donne et on le reçoit
je sais déjà
je sais déjà brûler
et briller et chanter
pour le chœur mutuel
mais la frontalité
mais la brutalité
mais la carnation implacable du CORPS
qui incline irrémédiable
l’esprit dans une pente
femelle
ou masculine,
qui circoncis la chair dans une direction
élection
la crudité de ma SEXE
et la fierté des oripeaux de gestes et d’essences
qui en découlent
elle est
coincée ? clivée ? cachée ? blessée ? blessée comme une bête qui se cache ? que les regards ont cachée ? que vos regards aveuglants ont fait disparaître ?
Comment ça s’appelle, ce mot que je cherche ? C’est circoncis chez les garçons mais ça fait moins mal, ça ne prend pas le fond de la chair, c’est, c’est
excisée
excise
les yeux les pensées excisent violemment
totalement
et c’est plus secret, c’est plus sournois parce que ce n’est pas un lieu qu’on brandit,
de ce côté-ci du sexe.
L’absence est plus ardue à dénoncer.
Vous deux vous pensiez tu es lui.
Lui il pensait « petit moi ».
toi tu pensais c’est un clown,
un pantin, un masque, un semblant,
manqué
manqué
c’est ce qu’on dit du garçon
manqué
et ça, il faut dire,
ça manque
drôlement
terriblement.
Alors je veux dire
que cet acte manqué,
cette omission,
c’est une boucherie
un lieu où pendent
les carcasses ouvertes
où s’abreuvent les mouches
je veux dire
c’est un couteau
je veux dire
c’est un couteau
qui coupe
coupe dans le derme
tranche les capillaires et les plus gros vaisseaux
écrase les cellules, rompt les membranes, disperse le noyau,
c’est un couteau qui dessoude l’âme de la chair
je veux dire
ça fait un trou
un trou même pas une cicatrice
pas cicatrisé, vivant,
noir, rouge,
un antre, un orifice
qui parle d’outretombe,
qui profère son vent de morgue, mais qui ne peut mourir,
qui prolifère, qui bourgeonne,
qui est hideux,
et qui vous emmerde
et qui vous dit d’aller vous faire foutre
parce que sa laideur
n’est pas sienne
c’est celle de la brisure
du crime contre l’esprit.
Avec l’esprit on châtre les chairs.
Avec l’esprit petit
l’esprit fou
l’esprit méchant
l’esprit boiteux,
on châtre l’âme hors de la matière.
on a
des organes, indiscutablement.
l’âme désire, indiscutablement.
Les faire se retrouver au même lieu devient problématique.
Vous m’avez fait sentir ma propre peau, mes propres muscles, mes propres os, comme un mensonge, un travestissement, une imposture. vous avez inscrit l’erreur dans ma viande. dans le visage de mon corps. vous l’avez mué en grimace. déchue de la citoyenneté de ma chair.
En bougeant, en étant dans ce corps, j’exposais mon intolérable impudence à être.
Vous avez déshabillé des yeux les gestes pour ne plus laisser que la honte.
Déplacé. ce lieu de l’espace où existait ma chair était déplacé. mon corps, les mots des mains et des jambes et des hanches et de la poitrine devait se taire. se taire. sous peine de procès.
Tout ce qui venait de moi.
par vengeance vous l’avez effacé ;
Vous avez peint mon corps de mépris pour ma parole, vous m’avez peinte au dédain. aucun de mes mots n’était porté. Nourrisson, vous laissiez s’abattre chacun de ses premiers pas et jamais il n’atteignait la marche. vos yeux ne se tournaient pas. vos faces fixaient muettes mon absence, quand j’arrivais. et mes protestations étaient cinglées de fouet d’anomalie.
Et je m’en fous, ce n’est pas grave, c’est juste pour le dire, je sais que vous ne faisiez, faites pas exprès, c’est malgré vous. A votre insu. mécanique. mais moi ça me châtrait.
Dans mon ventre il y a un oiseau, une envergure.
et l’un de ces oiseaux
est un phénix,
l’éternel en flamme et en cendres.
et je veux le lancer
à qui je veux.
Et moi, de partout chassée,
partout être chez moi,
partout planer.
aussi avec l’oiseau d’oriflamme.
aussi avec la vérité de ma chair
mortelle et scindée du sexe.
23:32 Publié dans golems | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
05 mars 2006
Rien n’apaisera, mais je vivrais
écoute, le monstre, écoute, ma mère,
maintenant, écoute,
écoute écoute écoute NON je dis écoute
je dis non.
tu dis : mon pouvoir
tu dis : ma décision
tu dis : moi
MOI, MOI, et MOI. Ton terrible désert ignoré.
je dis : Non
tu dis : des platées de mots et de gestes qui sont comme des chapelets de merdes
pour contraindre, faire céder, coûte que coûte
c’est plus fort que toi, le monstre, la mère,
l’irruption de la force
tu tuerais pour ce pouvoir
en fait, tu tues
tu castres et tu tues, si l’on protège l’organe de pouvoir, l’organe de vouloir,
tout, et son contraire,
matières, anti-matières, convoquées
au bûcher
au bûcher de ces corps sans tête et en taire et enterre.
Tu dis : j’ai rien fait
mais moi, je n’ai rien fait et tu me pilles,
tu me violes, tu m’encombres, tu me soustraies, tu me trompes, et tu ne sais rien, rien, rien de ce que tu fais, chaque instant, chaque seconde, le plus immonde, le plus violent, « je ne fais rien »,
rien.
je dis : Non
et tu sors la lame
elle brille, dangereuse
je dis : ce sera Ma décision
et tu te fends,
à droite, à gauche, au jugé,
et tu exploses sous le scandale d’une volonté que tu repères, une volonté qui se mire
dans le bouclier lustré de ta propre emprise
niant sa tyrannie,
tu sors la lame
et la mienne brille
et je te hais, simplement.
Et rien n’apaisera, mais je vivrais.
21:25 Publié dans golems | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
08 février 2006
Ecrit pour creuser ce sillon
Les textes de la catégorie "golems" sont ceux que j'ai commencé à écrire, en août, à l'initiale de la coulée d'écriture actuelle. Je voulais aller là où je n'avais pas envie d'aller... Pour gagner de la liberté.
Une forme de taire, de muselière prend naissance dans les eaux troubles dont il est question.
J'ai l'impression que ce que je peux dire et écrire maintenant prend appui sur ces marches pénibles. Donc voilà. La suite.
Les personnes importantes ce sont mes parents. surtout. dans cette scène. l’invraisemblable, l’insensé, c’est mes parents médusés, mes parents pétrifiés, et il faut parler d’eux, de ce que contient le sel de leur statue.Je crois que les gens ne voient pas parce qu’ils ne regardent pas devant eux. Ceux qui ne voient pas regardent en arrière. retournés, comme la femme de Loth, comme Orphée. Que regardaient-ils. la scène se passe chez les parents de mon père. il y a son père, sa mère, sa sœur, sa grand-tante. et ma mère. donc cette scène parle surtout de mon père. mais lui, il regardait quoi ?
un trou.
C’est surtout sa torsion à lui, plus que les frasques du grand père, je pensais que tous les grands pères faisaient ça, normal, qui m’a fermé quelque chose. contre elle que je me suis battue. qui m’a mutilée, mais pas à vie, comme dans certains lieux on excise et on coud les fillettes par peur terrible du trou de la déesse. je crois.
Mon père haïssait les femmes. il avait pour elles hargne et veulerie du gringalet mis au pas. Une femme qui existait le remplissait de trouille, à ras bord. sa haine pour ma mère était vive comme un tison. sa peur une longue diarrhée.
Bibendum dégonflé, il faisait celui qui. il lançait des ballons, des ectoplasmes, faisait montre en bateleur de son penchant pour les poupées gonflables, il aurait fallu qu'elles fussent vides, les femmes, des rondeurs d'hélium aux senteurs de plastique.
Des bouches rondes et interdites, surtout interdites.
La femme désirable : une fine couche de caoutchouc, un rire en forme de fuite de gaz. Des rondeurs et du vide. c'est ce qu'il feignait de trouver émoustillant.
Une parodie de danse. parade. pavane. toute cette fumée sans feu. toute cette diversion, cette monstration verbale d'une érection absente.
Car rien d'érigé, rien de fondé. il n'était pas debout, il montrait le flanc les organes mous comme un chien dominé, et il crachait de longs jets de mépris. Comme son père Robert, il gonflait à l'extrême, montgolfière, l'évènement de sa débandade, pour y lever dans la honte un semblant de fierté.
Alors pour m'aimer il fallait que je soit comme Achille, que je mente mon sexe.
N’est-ce pas. Les femmes étaient si futiles, si bêtes, si effarouchées, si coquettes. vides. des trous. il aurait pu les appeler comme ça.
Ma sœur montait au front de la coquetterie comme une nonne guerrière, en puritaine. Elle avait son rejet en bandoulière. A huit ans, elle achetait seule ses vêtements, grève de la faim à l’appui, si nécessaire. Elle épluchait vitrines et catalogues à garde-robe comme un général fait le compte de ses chars.
Moi j'acceptais la fausse faveur de sa prédilection, et le prénom de son élection. de garçon manqué, c'était lui le garçon manqué.
manqué, mort, et enterré. (Sa bouche sentait le caveau. il se nourrissait de pourriture, il s'affamait, quand nous n'avons plus été là. Dans ses placards les paquets grouillaient d'asticots.)
Il m'avait prise par le prénom, tatouée pour écarter ma mère.
Les aventures tragiques de la gamine de Kessel cachaient, mal, son envie de clonage. puisqu’il m’a nommée comme lui. au féminin.
D’ailleurs je voulais bien, suivre la route à contre-sexe de mon nom.
Etre la proie de sa danse stupide, jamais. la plume d'autruche dans le cul, le dindon de la farce et la pintade qui glousse. je fuyais les mannequins, les automates en rose, les semblants d'êtres, en laisse et sans parole.
Jamais. le bleu. les arbres. les armes. le combat. la conquête. oui.
Je voulais bien être le garçon manqué qui transgresse la blancheur de sa race pour se coucher entre les pattes du lion, celle qui oscille entre deux sauvageries : le buveur nègre de sang de vache, le long masaï peint d'argile, et la bête de soleil aux crocs pleins d'éclairs. le roi.
Etre une fille. être cette merde dont le lâche s'essuyait les semelles.
Je grandirai pas, ou je me couperai les seins, à quatre ans je le disais à ma mère, je fomentais où acheter un robinet de petit mec, je volais les couvertures bleues des garçonnets à la sieste, je refusais les poupées barbies de la fête de noël, on m'apportait en grande pompe, seule, après tous les autres, le camion de pompier du berdache.
Pas de sexe, surtout pas de sexe.
Le sexe il l'accrochait tant aux murs, dans les livres, les livres sur les putes princesses qu'il me donnait en lecture, qui aimaient se faire fouetter, à leurs heures, pour remettre les pendules à l'heure (qui est le maître ?), c'était La Grande Fornicatrice, toutes des salopes etcetera, les piles d'Union, le magazine du couple, comment faire un cunnilingus, comment moins s'emmerder dans la baise, douze ans, quelle science, ou Kamasoutra, 120 positions plus 2 en promo pour mes 20 ans. son rire de honte quand je disais, ça va pas. ah bon tu n'aimes pas ? non. ha ha pourquoi ?
Dans mes yeux, j’aiguisais l'aiguille pour crever la poupée.
Ma mère partie il a pu se lâcher, en couvrant les cloisons, avec les photos du mensonge de son gosse à la une (encore un garçon manqué, le garçon caché), à côté la bouille ébahie de ma sœur à deux ans, ses billes bleues d'émail immense pendues à l'étal des culs rutilants, des putains à résilles, des truies à camionneurs collées aux murs, photos de charniers en pleine forme, en pleines formes, les femmes n'avaient pas de trou bien sûr, quel effroi, quel gouffre, mais des gonflements, des culs pléthoriques et des nichons protubérants comme des missiles.
Pour lui enfoncer dans l'œil ou dans la bouche.
Enfin plein. petit homme vidé.
Fille de mon père, fille du mensonge, fille du bourreau qui porte l'estocade d'un intellect puant l'éther, coup d’invectives, comme tranchoir de boucher, sur ses maîtres à vagin.
Fille du chien, il pleurait comme un chien.
Je voulais pas non plus : être ma mère, cette furie écumante, tonneau de vociférations crachouillant ses flammes épicées. la bite fraîchement découpée entre les dents et les tripes du mâle en collier, ça ne l'empêchait pas de brailler, la faire taire, impossible rêve, avec ses cris de porc égorgé, de danaïde, elle remplissait tous vos trous, elle prenait votre peau en y annulant la moindre parcelle d'air, en trouant la tête, elle vous possédait, elle vous voulait, elle vous prenait dans sa gorge et jamais ne lâchait la carotide.
Mon enfance, prise dans ce duel : entre deux feux, l’anguille furtive aux coups froids de lame mentale, l’arbre et l’écorce, la dégoulinade torrentielle, surenchère rougeoyante, monde, amoncellement de non-paroles, de tumultes bestiaux.
Duel pestilentiel. ennuyeux. perpétuel.
Enfer.
23:19 Publié dans golems | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
01 février 2006
Commencement
Pour moi.
De voir mes mots montrés. Ces mots qui disent quelque chose que j’ai tendance à enfouir.
Oh je suis cent fois d’accord, mille fois d’accord pour le tour de piste.
Mais bon, ce n’est pas pour autant évident.
Pour moi.
Je sens que je dois en dire quelque chose (dire ce qui n’est pas facile), mais ça résiste. J’ai froid.
Pas facile d’être montrée ; parce qu’avant, longtemps, j’ai appris de tout mon corps que je devais me cacher.
J’ai dû longtemps empêcher mon corps de plonger derrière les voitures en stationnement, de traverser la rue quand je croisais les gens. J’ai dû me cacher. Vraiment.
Tout le monde se cache, tout le monde peut dire, c’est le monde, il est si terrible, on est obligé de se cacher. Mais moi je parle pas des masques, je parle du cache-cache, du jeu d’enfant.
Moi j’ai été une petite fille, et j’ai dû me cacher.
Je me cachais dans le jardin, autour de la maison, le dimanche. On était obligées de faire ce jeu, plusieurs années de petit enfant, à la fin j’avais cinq ans, ma sœur trois, elle portait encore des couches au début, mais elle avait très bien compris. Qu’on était obligées.
Et quand elle avait peur que je l’aide pas à grimper assez vite dans l’arbre, et enlever la chaise, et la ramener pour qu’on la voit pas, et courir et attraper la branche, la rejoindre, hop et chut, elle pleurait.
Quand je courais devant vers la porte du salon, l’escalader pour lui ouvrir, qu’elle entendait les pas sur les graviers derrière, elle pleurait et elle m’appelait et elle trépignait en sanglotant jusqu’à ce que j’arrive à ouvrir le loquet de l’intérieur.
Sur le mur du fond du jardin, après les buissons, sur le mur, j’avais préparé des réserves pour lui lancer dessus : des petites pierres, une grosse, je racontais à Marina, un bébé, tu vois d’abord on lui lancerait ça, et puis ce qui serait bien c’est d’avoir de l’huile bouillante. Ça lui plaisait bien.
Bon, tout ça était très au point, tout roulait, on savait qu’il fallait se cacher, comment faire, on était beaucoup plus rapides, forcément 7/8 litres de pinard par jour, c’est pas le meilleur moyen pour booster la vitesse de pointe d’un gros.
On savait se cacher mais surtout on savait qu’il fallait cacher pourquoi.
Très important.
Parce que tout le monde voyait, Papa, Maman, Mamie, Tantine, ce qu’il fallait pas voir, pas ça-voir.
Dehors qu’elle était, tout le temps, alors pour pas la voir…
(Alors, c’est que c’était pas bien de se plaindre, de dire que ça nous embêtait, que nous on voulait pas. non ? Il fallait faire semblant que c’était pour rire. pas très drôle.)
Mais quand même, malgré ça, il paraît, je me rappelle pas de quand je lui ai dit, c’est ma mère qui se rappelle, moi je l’ai dit, quand je me suis fait choper finalement, j’avais cinq ans, mais du bon sens, elle a pas pu rester debout, ma mère, elle a pas pu dire un mot pendant 20 minutes, ça devait être tellement impressionnant son mutisme que je l’ai oublié. alors que la limace en gros plan, je l’ai pas oubliée, même il y a pas si longtemps, quand un type jouait les prédateurs, avec moi poulette tu vas voir du pays, j’avais des dirigeables qui passaient toute la journée après devant ma tête, des grosses saucisses blêmes et flottantes.
Alors que quand même, ma mère, quand elle lui a dit bonjour la première fois, à son beau-père, pour lui serrer la main, elle a bien vu ce qu’elle serrait, sa main à lui, Papi Robert.
Ben non : « quel choc ! »
Ils ont même pas été foutus de me dire pourquoi je devais parler avec une dame, moi, après, la dame non plus (quelle nulle) elle ne m’a pas dit et j’ai jamais compris.
Bref, c’est une esquisse mais je pense que tu saisis pourquoi ce n’est pas facile de dire, pas facile de se montrer.
Pour moi.
Et je savais pas du tout que j’allais écrire ça quand j’ai commencé.
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