03 avril 2007

Toi qui surgis

Toi qui surgis là, dans un rapide du courant,

toi dont l’éclat ruisselle dans les diamants des gouttelettes

toi qui a pris mon cœur à l’éperon de ta présence

toi dont la silhouette tremble sur le col de la montagne

comme une virgule dans l’air pur

toi dont le regard

a embroché les flammes et les nuages de mon âme,

par hasard, et par nécessité,

tu es devant moi, au coin d’un pan d’air…

 

Dans l’étrange recoin des vêtements,

tu ne me connais pas, tu ne m’approches pas, tu es ailleurs.

nos regards croisant parmi les bancs des regards

parfois croisent leurs lames, et prennent un bord pour tirer la ligne de la voile un peu plus loin dans la journée.

 

Je vois fleurir

sur tes traits connus des humeurs et des rumeurs

fleurs de fossés, de talus, de promenades à moi inconnues.

 

Rôde le pétale des splendeurs, plane l’ombre des nuages étincelants, les marées de l’être au lieu local de l’océan.

 

Rôde et plane

l’albatros, envergure béante, f

rôlant la vague sans jamais se poser.

 

26 février 2007

Coulée

Je suis, je vis,

je nais ma coulée

comme la fontaine nourrissone s’extirpe de l’étreinte de la terre

je renais de l’humus amassé des défaites, feuilles défaites, mille fois, les feuilles poumons de l’arbre et ses mains adorantes…

 

jet d’eau abattu

saigne sa pureté,

pureté d’être

pleurant vers la lumière

tronc d’arbre abattu

rêvant sa colonne

et du souffle du rêve

ressuscitant.

 

23 février 2007

Rosace

Je l’écris – je ne l’écris pas.

Entre deux souffles, entre deux portes

l’aorte

qui nous lie

 

au bief de nos limons

trame de nos jours d’aube et de brumes

lame de nos midis.

 

Ton souffle presque tari

flaque évaporée

bouge à peine

puits de fatigues.

 

Douce et lassée

la soie que je puise

en lisière des poumons

échoués contre moi comme des nuages.

 

Suave et usée

la trame du souffle

que je lisse comme une chevelure

sur cette épaule en courbe

étire et scintille aux diagonales du soleil

qui bruine à la harpe

de la fenêtre.

 

Caresse du souffle à même l’âme

à même ma bouche tiède

comme un cheval qui questionne.

 

Les écueils sertissent

comme des éclats de verre

les jours désargentés

les fleuves glissent, fluides,

aux accrocs déchiquetés.

Marée d’or.

 

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23 juillet 2006

Marchant sur les eaux

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22/07/06

 

 

 

Du bout

de mes pieds

funambulise

une crête de vague

 

Tout est verre, ici,

fendu cristal de l’air et de ce qui s’ourle

comme un œil

dont la paupière se soulève

la mer

 

comme un œil aveugle à l’iris de cérule, la prunelle,

enflante cymbale d’obscur

sous la chiquenaude du soleil

 

(Zoom d’iris quand la fleur

exhibe le fond de sa pensée,

 

les tripes de son calice,

sa jouissance crucifiée, l’organe de son rire)

Donc la mer

se soulève, regarde et jette un coup d’œil

par-dessus la lisière des eaux,

(la mer toute embaumée

de ses citernes de larmes)

 

Moi me hissant sur le frisson de ses cils nombreux

Moi battant des bras à la limite de l’envol

dansant sur son front bleu

déroulé comme une corde sur l’étale

 

Si fragile si transparente qu’on peut voir au travers ma peau

l’arborescence du sang comme les racines d’une brisure comme l’instant d’avant l’éclatement

cristallin rembobiné,

 

Mais c’est l’essor,

les fragments qui remontent, reconstitués,

ce sont mes plantes domestiquant

la baleine profonde

l’abysse immergé

 

Marchant sur les eaux.

 

09 juillet 2006

Que nous chantions les mains amoureuses !

09/08/2006

 

 

Et que dans les calices entrouverts du ciel, chatoiement des draperies aux couleurs d’ecchymose, chapelles ténues, murmures cramoisis, soupiraux diaprés d’espace, encoquillages d’azur,

 

Nous chantions les mains amoureuses ! 

 

 

Que nous hantions le galop de leurs souffles, quand elles emballent les collines de nos poumons, hirondelles folles, météorites foudroyées, voltigeuses, morceaux de ciel noircis, chus, charbon dérobé d’avoir consumé toute pensée hors la course, nous enroulions à leurs ailes légères et tumultueuses !

 

 

Que nous coulions à leur courant indicible, la transparence lumineuse de leurs cours, qui parent clavicules et reins de leur ruisseau envoûté, chevelure d’espace limpide, perte, pêcheuse d’infini, qui lave encore et encore notre peau ressuscitée,

 

 

Que nous épousions la courbe dont le frémissement paisible fait de notre joue le blé ondulant d’un vaste été.

 

23 juin 2006

brun

17/06/06

 

 

Court, court, le muscle court sous la terre

 

les ruisseaux de son sang se gonflent

 

l’écarlate fend l’eau brune

 

avec entre les cuisses un roulement de tambour

 

 

La bascule d’une montagne

 

les ruisseaux d’odeur de l’eau brune montent des poils la soie fauve de la peau

 

champs à perte de muscle champs de soie fauve

 

 

Le tambour cherche l’accord des os

 

sur le dos du cheval

 

cheval-tambour

 

 

Et tandis que l’eau brune de sa chair étend son empire sous mes jambes presque aveugles

 

je cherche un silence

 

un silence qui remonte des sources du temps

 

 

La rejoindre

 

s’unir à l’eau brune de la chair-cheval.

 

 

 

17 juin 2006

La fine pointe de mon âme

10/06/06

 

 

 J’enfile

 

la fine pointe de mon âme

 

sur le chas de l’aiguille.

 

C’est le trou que j’ai là,

 

écorçant la poitrine,

 

plus pauvre et plus brillant qu’un sexe

 

une fente

 

qu’ont violée maints vols d’oiseaux, purs et parfaits comme une lune sombre.

 

 

Dans le vide palpitant

 

coïncide l’instant

 

mes os communient,

 

ma chair fond comme une chandelle,

 

un chant naît, d’avant-naître,

 

un chant velu comme un chaton d’oiseau chatouille l’œuf du gosier

 

un chant s’apprête

 

les ailes encore humides

 

le squelette plus fragile qu’une brindille,

 

l'aile légère comme le pétale de la flamme devant le souffle de ma bouche.

 

05 juin 2006

Aussi calme que le soleil

04/06/06

 

 

tu es là. je te contemple. tu es là. allongée dans ma pensée. dans ta peau. dans ta peau allongée. dans ta peau de lumière allongée. aussi calme que le soleil.

 

Le soleil descend par l’embrasure, pénètre l’avancée le long de parois d’espace, envoie bouler des grains de poussière qui tournoient sur sa route, impacts impalpables.

 

A l’origine, son cœur n’était qu’un gonflement, son cœur n’était qu’effondrement et fournaise, son cœur était gigantesques hurlements muets de trop-plein fouettant le vide, déchirure de fusion, désir titan d’échappées. Et puis ses rayons ont suivi leur nature rectiligne, avançante, leur nature de danseur épousant la courbure de l’espace, saisissant sa taille, et ils sont partis. Ils ont pris voyage. Acquiescé départ. Et ils bruinent aujourd’hui de l’or sur l’ailleurs.

 

 

Si près, je reflète les distances indicibles.

 

Mon cœur tout aussi fou, aussi malade que le soleil. Et l’acquiescement de ce regard, même imprévisible saut, mutation vers la tranquillité, concision, départir des profondes gravités de la matière.

 

04 juin 2006

Le vent

03/06/06

 

A quoi ça sert d’écrire ?
ou alors si : si c’est pareil que le vent qui ouvre un espace parmi la multitude des herbes, un vent qui ouvre des possibilités

 

parmi l’uniforme, sonde l’accueil et l’éveil

 

si écrire
c’est remuer
avec la légèreté, avec la vitesse, avec la transparence du vent
sur l’eau
si c’est aller
sans but
juste pour aller, juste parce qu’il le faut, par l’impatience des atomes et la patience du nomade infini,
de celui qui n’habite
pas
jamais sédentaire, celui qui bouleverse,
bouleversé,
qui traverse,
traversé,
qui hante,
 hanté.

28 mai 2006

L'ennemi intérieur

28/05/2006

 

 

L’ennemi intérieur

 

gueule de boxeur

 

nez cassé

 

droite, gauche

 

sur le ring des côtes

 

 

Dans les parterres les artères des pensées

 

il arpente racole tapine

 

caracole l’infâme rosse

 

Quand je le cogne

 

ce sont mes yeux qui s’auréolent

 

mes sinus qui pissent les larmes

 

et mon sourire s’ébrèche

 

sur les dents

 

 

Je le regarde dans mon miroir

 

je le cherche dans la mire noire des yeux, fouille, l’ajuste

 

et lui me toise

 

cherche l’ouverture

 

taille en machette parmi les cils

 

déforestés

 

Mes quatre doigts sont soudés dans un gant.

 

 

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