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12 avril 2008
Langue d'equus
Depuis décembre je ne dis pas grand-chose
d’abord on m’a coupé la langue
mais c’est sans importance
mais peut être une raison
ensuite j’apprends une langue sans mots
une langue de mouvements, d’éclairs alezans, de sensation dans les membres, de froid et de chaud, de peur et de tendresse, de bottes dans la boue, de pieds qui traînent, une langue dont les mots servent à voler
et que j’égrènepour l’heure
à coups de balbutiements terrestres
comme un albatros mazouté (mais vétéran des grandes traversées).
Qu’il est extrême d’apprendre des mots
que n’ouïssent pas les oreilles humaines
d’apprendre des mots de solitude et de vie
des mots d’instants et de vent qu’on ne dit pas pour se serrer près des semblables, pour se rassurer au bord du cercle de pierres, la margelle du feu,
mais ces mots qui sont dits pour aller là-bas
de l’autre côtévers l’étrange fascinant
pour quitter les sentiers battus et la terre même
pour franchir l’espace impalpable qui baigne les astres
pour aller à l’encontre d’une nature autrement nôtre, céleste, ailée, pour marcher fièrement sur les abîmes sombres, les eaux rugissantes, les arches irisées des arcs-en-ciel.
L’aventure est alchimique
viol de frontières
folie
absurdité
franchissement
départet aussi
retrouvailles
du plus rouge cinabre des plus brûlantes entrailles,
noces des forges du cœur,
ivresses de la liqueur pulmonaire,
palpation des atomes d’étoiles en cristaux dans la chair, fer, carbone, poussières de sol infiniment aïeules,
de tout ce qui en nous n’est pas
monnaie de singes
apprivoisés, primates parleurs.
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