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09 novembre 2007

La gueuse et la princesse

J’ai oublié la rage parce que je souffre moins. Ma rage je l’habillais d’atours somptueux, comme une mendiante pouilleuse pour en faire une reine. Je trempais le pinceau dans mon sang pour faire du rouge, cymbale de cinabre, orgasme d’empereur. un rouge de Chine profond. Je trempais le pinceau dans la coupe bouillante du soleil, pour sa couronne. Je trempais la plume dans mes larmes les plus pures, coulées des glaciers d’extrême altitude : bleu.

Le vert était le prince des arbres, l’ancêtre renaissant dans la gloire éblouie des premières feuilles. Pour le noir, le plus oublié des cachots de mon cœur.

Et la catin dansait, clinquant des hanches,  agitant sa mitraille et ses piécettes, pour tromper un instant la mort, gagner du temps… Rage du renard qui mord le piége d’acier noir, rage du cheval mordant ses flancs sous la douleur.

 

Maintenant je fais le contraire. Je ramasse une princesse dans le ruisseau, je la pare de guenilles car la vraie princesse doit briller par la preuve de sa peau nue, et la mort devant elle doit baisser ses paupières.

 

La princesse ne danse pas, elle regarde. Elle ne parle pas beaucoup d’ailleurs, elle se tait. Elle attend que tombent les loques, les mots, les défroques, que la langue se rebrousse les couleurs rétrogradent réintègrent le prisme reconstituent la première lumière le premier univers le commencement la seconde qui précède le commencement le battement de cœur où la pensée s’ouvre comme une fleur le flash

« enfin »

 

 

04/11/2007

 

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