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20 août 2006

L'oratorio de Noël

Göran Tunström, L’oratorio de Noël

 

« La nuit il s'allongeait sur une couverture sur le pont avant et regardait la voûte étoilée  - (une nuit il put compter jusqu'à trente-cinq étoiles filantes en quelques minutes) - et il sourit : c'était le passage de Solveig qui faisait que les étoiles éclataient et quittaient leurs attaches. L'univers était secoué par son désir de revenir sur cette petite terre où un navire roulait avec la houle, tanguait obstinément pour un long voyage, entre les continents, sur une terre où un jour elle avait aimé. Le voile brumeux de la voie lactée était la poussière qui s'élevait de ses pieds nus... »

 

« Mon Dieu, dit Merveilleuse Birgitta en prenant appui sur le poignet de Torin dont le corps devient comme de la cire fondue, il sent cette main s’enfoncer à travers sa chair et son sang, jusqu’à l’os mis à nu. »

 

« Le soleil matinal est ici maintenant. Il brille sur le chemin qui passe le portail aux grilles noires et traverse le parc. Des flaques scintillent, quelqu’un ouvre une fenêtre du couloir du premier étage où mon corps a été assis lourd et indifférent, où mes mains ont reposé sans rien vouloir. Oui, la lumière est ici, et je voudrais bien que le reste de ma vie ne soit qu’un seul tableau de lumière, comme un jour il m’est arrivé de le vivre au tournant d’une route : c’était un soir d’été, avec les rayons obliques du soleil sur les champs verts, j’étais seul et triste. Et soudain quelque chose s’est passé, à travers mon corps s’est propagée une Chaleur qui était Présence en tout. Dans les feuilles, dans le blé. J’étais transparent comme la Musique. J’étais un Adagio. J’étais une des notes, une partie nécessaire au morceau qui était joué, et quand l’herbe et les arbres se sont penchés, j’ai su qu’il y avait quelqu’un dont les doigts légers, comme sur un clavier, parcouraient tout ce qui était vivant. On me jouait, Victor. »

 

« Je connais ces cris-là. Toi aussi tu les connais. Nous vivons de cri en cri. Mais entre eux un filet d’eau trouve son chemin. Il disparaît, il réapparaît, une fois, deux fois, trois fois peut-être dans notre vie, pour que nous puissions y tremper nos lèvres et continuer notre chemin. Si je me trouvais ici, c’était parce qu’il m’avait été donné de voir ces scintillements dans la vallée des morts. J’ai pu entendre la musique là où je m’y attendais le moins. »

 

« Cette nuit-là, un poisson nagea dans la tête de Sidner. Il faisait de petits mouvements avec sa queue et l’obscurité tourbillonnait. Il venait gober près des yeux et des oreilles de Sidner allongé sur le dos, bouche entrouverte. Et le poisson, comme calme et méditatif, s’y glissait et frôlait le bout des dents, allait s’arrêter, la bouche enfouie entre langue et palais. Le poisson resta calme, bercé par la houle tranquille de la respiration, puis tressaillit et disparut dans le gosier, frôla les parois des artères, fit un bond dans le cœur, ce qui réveilla Sidner. »

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