08 mars 2006

Impénétrable

Ces mots qui parlent de l’effraction

 

l’effraction de toutes les lèvres du corps.

 

Comment me suis-je

 

faite impénétrable ?

 

Mon corps dans la neige, envahi de neiges diagonales, à des portées de flèche de tout corps, de toute chair.

 

dans un silence qui efface.

 

Je me suis coulée dans l’esquive furtive de la biche, dans ce flou qui devient buisson. L’esquif m’échappe, on dit forclos. Je suis parmi un champ de neige, à chaque pas, je le déplace en même temps que ma jambe, il ne diminue pas. Il recule, poussé par mon œil. Ma main qui se tend, tend le champ de force. qui repousse. un pas en avant, trois pas en arrière. Qui voudrait se souvenir du dégoût ? Comment ressusciter le cadavre même de la mort ? Je serre sur moi les pans de son manteau, je m’enterre. imbécile amour. trop facile de faire gravir les pampres du désir, pas facile d’en fendre des eaux la mer Rouge, au devant de soi, en solitude.

 

 

Comme si l’adresse de moi-même était perdue, pour éviter la possibilité de la rencontre. Partie sans laisser d’adresse. Partie. Comprenez ? Je ne suis pas là.

 

Mais je suis là.

 

Ma peau est pliée en quatre, comme un drap. amidon, naphtaline : je ne porte pas le sexe sur mon visage.

 

Je porte le sexe sur mon visage. Pas le mien. (le mien je l’ai caché.) :

 

cette négation de son rien je la porte sur mon visage, c’est mon masque. il me recouvre. je ne porte pas le cri terrible, je suis masquée. d’autres ne peuvent s’empêcher de crier, moi je n’ai même pas de langue. je l’ai cachée dans ma bouche. je l’ai avalée. pour que le sexe ne la trouve pas. le rien-sexe. et moi je fuis en moi je coule en moi m’écoule comme une fonte comme une fente cachée qui engloutit la draperie de la ménade. je sombre, dans le sombre, un sombre qui masque l’ombre, pour ne pas qu’on voie les bords, un sombre clair, un clair opaque, une opacité rayonnante, ah, les tentacules de mes mots, les rayons de mes mots, les flèches barbelées de voyelles, la chair, la voit elle, voix elle, voie elle, s’étendent pleines de mucus hors de ma bouche hors de ma bouche blanche inventer ces rayons qui éventrent qui dévoilent le ventre qui le cernent qui portent sa tumeur au devant de moi, étendard de mes lèvres, étend dard, monstre, je dois te vivre, monstre, te manger, monstre, devenir toi, exactement toi, au même endroit que toi, exactement, pour te recouvrir, pour t’évincer, pour advenir.

 

 

 

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