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06 mars 2006
See, sex and sung
31/12/2005
Quand on sent
la peau sur la dure-mère
sur la roche grise
la face falaise
quand on sent tout son poids
à lever du bout des doigts,
du bout de l’ongle des pieds,
on sait que c’est mental,
on sait que c’est créer
créer la possibilité de l’ascension
créer par la force suggérée
de la certitude du mouvement
accoucher de l’énergie
qui emportera dans sa vague
l’impossible.
Ainsi
devant la peau du néant
où j’aperçois à tâtons
la prise d’un mot,
la saillie d’un lieu de chair
que ce mot dépose
pour le crier
pour l’annoncer
pour lui faire place.
Mon sexe est dans mon cœur,
n’en doutez pas.
je sais déjà
faire l’amour
d’abord c’est moche
on ne le fait pas
on le donne et on le reçoit
je sais déjà
je sais déjà brûler
et briller et chanter
pour le chœur mutuel
mais la frontalité
mais la brutalité
mais la carnation implacable du CORPS
qui incline irrémédiable
l’esprit dans une pente
femelle
ou masculine,
qui circoncis la chair dans une direction
élection
la crudité de ma SEXE
et la fierté des oripeaux de gestes et d’essences
qui en découlent
elle est
coincée ? clivée ? cachée ? blessée ? blessée comme une bête qui se cache ? que les regards ont cachée ? que vos regards aveuglants ont fait disparaître ?
Comment ça s’appelle, ce mot que je cherche ? C’est circoncis chez les garçons mais ça fait moins mal, ça ne prend pas le fond de la chair, c’est, c’est
excisée
excise
les yeux les pensées excisent violemment
totalement
et c’est plus secret, c’est plus sournois parce que ce n’est pas un lieu qu’on brandit,
de ce côté-ci du sexe.
L’absence est plus ardue à dénoncer.
Vous deux vous pensiez tu es lui.
Lui il pensait « petit moi ».
toi tu pensais c’est un clown,
un pantin, un masque, un semblant,
manqué
manqué
c’est ce qu’on dit du garçon
manqué
et ça, il faut dire,
ça manque
drôlement
terriblement.
Alors je veux dire
que cet acte manqué,
cette omission,
c’est une boucherie
un lieu où pendent
les carcasses ouvertes
où s’abreuvent les mouches
je veux dire
c’est un couteau
je veux dire
c’est un couteau
qui coupe
coupe dans le derme
tranche les capillaires et les plus gros vaisseaux
écrase les cellules, rompt les membranes, disperse le noyau,
c’est un couteau qui dessoude l’âme de la chair
je veux dire
ça fait un trou
un trou même pas une cicatrice
pas cicatrisé, vivant,
noir, rouge,
un antre, un orifice
qui parle d’outretombe,
qui profère son vent de morgue, mais qui ne peut mourir,
qui prolifère, qui bourgeonne,
qui est hideux,
et qui vous emmerde
et qui vous dit d’aller vous faire foutre
parce que sa laideur
n’est pas sienne
c’est celle de la brisure
du crime contre l’esprit.
Avec l’esprit on châtre les chairs.
Avec l’esprit petit
l’esprit fou
l’esprit méchant
l’esprit boiteux,
on châtre l’âme hors de la matière.
on a
des organes, indiscutablement.
l’âme désire, indiscutablement.
Les faire se retrouver au même lieu devient problématique.
Vous m’avez fait sentir ma propre peau, mes propres muscles, mes propres os, comme un mensonge, un travestissement, une imposture. vous avez inscrit l’erreur dans ma viande. dans le visage de mon corps. vous l’avez mué en grimace. déchue de la citoyenneté de ma chair.
En bougeant, en étant dans ce corps, j’exposais mon intolérable impudence à être.
Vous avez déshabillé des yeux les gestes pour ne plus laisser que la honte.
Déplacé. ce lieu de l’espace où existait ma chair était déplacé. mon corps, les mots des mains et des jambes et des hanches et de la poitrine devait se taire. se taire. sous peine de procès.
Tout ce qui venait de moi.
par vengeance vous l’avez effacé ;
Vous avez peint mon corps de mépris pour ma parole, vous m’avez peinte au dédain. aucun de mes mots n’était porté. Nourrisson, vous laissiez s’abattre chacun de ses premiers pas et jamais il n’atteignait la marche. vos yeux ne se tournaient pas. vos faces fixaient muettes mon absence, quand j’arrivais. et mes protestations étaient cinglées de fouet d’anomalie.
Et je m’en fous, ce n’est pas grave, c’est juste pour le dire, je sais que vous ne faisiez, faites pas exprès, c’est malgré vous. A votre insu. mécanique. mais moi ça me châtrait.
Dans mon ventre il y a un oiseau, une envergure.
et l’un de ces oiseaux
est un phénix,
l’éternel en flamme et en cendres.
et je veux le lancer
à qui je veux.
Et moi, de partout chassée,
partout être chez moi,
partout planer.
aussi avec l’oiseau d’oriflamme.
aussi avec la vérité de ma chair
mortelle et scindée du sexe.
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Commentaires
Une écriture avant la peau... une écriture de chair vive...à vif... à rouge. Avant la peau, puisqu'elle fait peau. Ecriture du trou, du percé, du coupé, du coupable...et les mots qui suturent, qui font croute sur la cicatrice...
Ecriture du germe, de la graine qui invente déjà ses pétales et ses fruits... L'avais-je bien lu, avant ?
Il y a là, quelque chose de brut, de premier, comme le burrin qui attaque la veine du marbre.
Du sang dans la pierre, de la lumière dans les éclats qui fusent sous les coups de marteau. Mots éclats... Mots étoiles...
Ecrit par : Franck | 07 mars 2006
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