« Hospices 4 | Page d'accueil | Le privilège du serpent »

02 mars 2006

Sort

Quand j'ai écrit ça, il y a trois mois, ça mettait fin au chapitre d'écriture "lumes et umbria".

Ca mettait une fin en fanfare, parce que s'y vivait une espèce de décret. De détermination, qui devait ouvrir une porte sur l'inconnu. J'y repense parce que Mike me parle d'insurrection, et qu'il est question d'une surrection, d'un surgissement. J'y repense parce que les voiles et les marées d'ombre et de lumière me recouvrent encore, que je me débat et m'efforce d'écarter les membranes, et quen fait ce n'est pas fini. J'y pense parce que je ne sais toujours pas ce que veut dire "c'est l'écaille dans les strates du souffle". Ce que veut dire Maintenant, en dehors de "main tenant", tellement d'actualité. Parce qu'avancer ressemble à mourir mais reculer, à pire que mourir. Ce texte je l'écris encore aujourd'hui, et j'y adjoins le sens qui se formule ainsi à mon esprit, ces derniers jours :

l'état de nécessité.

Je proclame l'état de nécessité. Qui n'a rien, mais rien à voir avec l'état d'urgence. Et dont j'espère un autre destin.

 

 07/12/2005

 

 

je sais plus
je voudrais que la voix
la voix
la voix blanche
la voix blanche qui appelle
m’appelle
me hèle
de là-bas, du rien, du tunnel
je voudrais qu’elle m’appelle
je voudrais qu’elle me prenne
qu’elle m’apprenne
qu’elle m’apprenne la prise
la prise
la prise d’air
la prise d’aire
aire d’envol
de rappel
parce qu’il n’y a rien ici
il n’y a rien de moi
il y a quelque chose sans moi
privée
privée d’yeux
ces êtres qui naissent privés
d’organe
l’organe de soi
l’organe de l’air
l’organe de l’entour
l’organe de l’essor

 

don d’organe
greffe

 

help, hep
greffier !
faut se rappeler
ce qui manque
ce qui manque
l’absence
oubliée

au cœur
il faut la mettre là
il faut la boutonner
il ne faut pas la perdre
la prochaine fois
pas se perdre
la prochaine fois
il n’y aura pas de prochaine vie
ne va pas te perdre
ne va pas manquer ça.

 

 

 

*

Sous le taire
je m’enterre
je veux faire le vide
sous la voix
parce que je veux entendre
derrière la voix
la voie

 

 

*

 

 

 

Je te déchire
je te crève
faut pas crever
faut naître
faut sortir
je te crève
je chante les eaux
je sors
je sors de là
je sors entre tes jambes
je me souviens
c’était pas entre tes jambes
ils ont fendu
le ventre et
tout le monde dormait
mais je m’en fous
je rampe
je passe entre les jambes
entre les parois
rouges qui suintent
encore
encore
encore maintenant

 

si je veux
je rampe
et je chante
et je sors.

 

 

 

Je sors
mon sort
l’essor

 

 

Seule seule
vous comprenez
sans personne
enfin
le cordon je le branche
à mon propre cœur
et il bat
des ailes il bat
je sors sans tomber
je sors sans m’abattre
je sors marcher je marche
je marche
la marche m’arrache marche démarre
démarche arche
courbe debout
orbe rond
arc d’alliance
ciel et sol

 

 

 

mes lèvres je crève
crève le taire
l’eau du silence
coule dehors

 

 

 

entre mes jambes
passe
la marche
du désir des ailes féroces d’éros
crève la marche
se lève
j’accouche
je mets au monde
sa marche vorace
sa lance d’élan
sa pointe
épieu
et pieuse épands
l’assaut furieux
de jamais, jamais renoncer,
jamais abdiquer les poumons.

 

 

 

de mes mains en braille
je cherche
l’inabdiquable vivant.
 

 

Ecrire un commentaire