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28 février 2006
Hospices 3
Ce matin. encore l’hôpital, IRM. on dirait que j’en fait une maladie. enfin, une fixation.
Indubitable, la tranquillité des plafonds où une personne tout de plume, blanc-vêtue, vous laisse morfondre, vie-fondre, c’est selon, avec une aiguille plantée dans votre bras et un sac qui compte les gouttes de votre temps. méticuleux. je ne crois pas qu’il en oublie aucune.
Couloirs. c’est fait pour. l’attente, non, la patience.
L’architecte hôpital vous inocule direct la connaissance de votre patience, de votre état.
Ce matin avec une voix plus insipide que le sérum.
L’aiguille piquant la peau mince entre le dehors et le dedans de votre veine, toute bleue, toute froide, ici coule le sang qui sort du cœur. Il y a laissé son feu, la rouille brûlante de l’oxygène et se teinte comme un ruisseau, des gaz que mangent les feuilles. (Ceux qu’aime grignoter la chlorophylle, l’amante du chlore.)
Alors en circuit clos, elle fait tourner les ruisseaux fades, la dame de plume, à la récitation d’horloge soporifique. elle compte les moutons blancs ou les nuages.
Parce que le sommeil ici, c’est important.
Dans le sommeil on vous ouvre. Des gens avec des lames de métal fin vous démontent, se glissent comme un fantasme dans les couloirs de votre chair, croyez-moi, les plus abyssaux spéléologues, ils oublient leur propre chair et dans un rêve, vous ouvrent, vous ferment. vous cousent.
Donc : des couloirs, et des portes, et des pièces d’attentes, des salles de patiences, des cellules pour se déshabiller, à chacune on laisse une peau, et il fait froid. près de la peau blanche et bleutée.
Et le blanc est très bavard, de sa voix douce, on dirait un ange instructeur du purgatoire (très patients aussi.) Sûrement qu’il raconte quelque chose à propos des tuyaux, ravissants, minces couloirs tarabiscotés convoyant des substances dans les couloirs pour convois de marcheurs.
(Mention spéciale pour le bruit des pas. Stradivarius des pas perdus, par le luthier des hospices.)
Le blanc aime, c’est certain, les armoires, parce qu’elles sont pleines d’objets de sommeil, d’objets froids qu’on trouve dans les ruisseaux d’hiver, autour, dans, les veines, qui sortent du cœur, y laissant quelque chose, quelque chose de l’âme. quelque chose qui s’absente, c’est ça, la patience, c’est aller voir ailleurs, suivre l’âme qui s’échappe, qui se moque des cloisons, des parois, de ce qui ferme, et s’en va trouver ailleurs à qui parler.
Je me dis que les médecins ne cessent toute leur vie d’être stupéfaits de chercher, d’ouvrir, de fouiller, de fixer la chair ouverte et de ne pas trouver l’âme, l’extraordinaire miracle, cette prestidigitation de l’âme, vérifier qu’on ne peut l’attraper, qu’elle est libre, libre des mains froides, libre des voix fades, libre de la patience et des sommeils.
23:54 Publié dans Hospices | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

Commentaires
En lisant ton texte m’est revenu l’image de Xavier Bichat. Le chirurgien qui se faisait livrer, pendant la révolution des corps décapités pour les autopsier. Il les voulait au plus près de l’instant du mourir. Il les voulait chauds. Alors il soudoyait les bourreaux. Et de petites carrioles partaient dans la nuit livrer leurs cargaisons de cadavres dans l’antre de Bichat. Il coupait, tailladait. Il voulait connaître cet instant précis de la vie qui fuit et de la mort qui arrive. Il voulait connaître le secret. Le secret. Alors il coupait, les chairs, les veines, les os. Il traquait la vie au plus profond de la mort, il raclait, scrutait, et notait surtout. Il notait tout…. Etrange….. Qu’est-ce qui fait que le même acte, celui de couper, de trancher, fait de l’un presque un saint et de l’autre un bourreau… qu’y a-t-il dans l’âme des humains qui fait cette différence entre l’ombre et la lumière… peut-être qu’il y en a un qui note pour se souvenir et l’autre qui oublie…. Qui oublie… qu’ai-je donc oublié aujourd’hui qui fait de moi un bourreau ?....
Ecrit par : Franck | 01 mars 2006
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