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08 février 2006
Ecrit pour creuser ce sillon
Les textes de la catégorie "golems" sont ceux que j'ai commencé à écrire, en août, à l'initiale de la coulée d'écriture actuelle. Je voulais aller là où je n'avais pas envie d'aller... Pour gagner de la liberté.
Une forme de taire, de muselière prend naissance dans les eaux troubles dont il est question.
J'ai l'impression que ce que je peux dire et écrire maintenant prend appui sur ces marches pénibles. Donc voilà. La suite.
Les personnes importantes ce sont mes parents. surtout. dans cette scène. l’invraisemblable, l’insensé, c’est mes parents médusés, mes parents pétrifiés, et il faut parler d’eux, de ce que contient le sel de leur statue.Je crois que les gens ne voient pas parce qu’ils ne regardent pas devant eux. Ceux qui ne voient pas regardent en arrière. retournés, comme la femme de Loth, comme Orphée. Que regardaient-ils. la scène se passe chez les parents de mon père. il y a son père, sa mère, sa sœur, sa grand-tante. et ma mère. donc cette scène parle surtout de mon père. mais lui, il regardait quoi ?
un trou.
C’est surtout sa torsion à lui, plus que les frasques du grand père, je pensais que tous les grands pères faisaient ça, normal, qui m’a fermé quelque chose. contre elle que je me suis battue. qui m’a mutilée, mais pas à vie, comme dans certains lieux on excise et on coud les fillettes par peur terrible du trou de la déesse. je crois.
Mon père haïssait les femmes. il avait pour elles hargne et veulerie du gringalet mis au pas. Une femme qui existait le remplissait de trouille, à ras bord. sa haine pour ma mère était vive comme un tison. sa peur une longue diarrhée.
Bibendum dégonflé, il faisait celui qui. il lançait des ballons, des ectoplasmes, faisait montre en bateleur de son penchant pour les poupées gonflables, il aurait fallu qu'elles fussent vides, les femmes, des rondeurs d'hélium aux senteurs de plastique.
Des bouches rondes et interdites, surtout interdites.
La femme désirable : une fine couche de caoutchouc, un rire en forme de fuite de gaz. Des rondeurs et du vide. c'est ce qu'il feignait de trouver émoustillant.
Une parodie de danse. parade. pavane. toute cette fumée sans feu. toute cette diversion, cette monstration verbale d'une érection absente.
Car rien d'érigé, rien de fondé. il n'était pas debout, il montrait le flanc les organes mous comme un chien dominé, et il crachait de longs jets de mépris. Comme son père Robert, il gonflait à l'extrême, montgolfière, l'évènement de sa débandade, pour y lever dans la honte un semblant de fierté.
Alors pour m'aimer il fallait que je soit comme Achille, que je mente mon sexe.
N’est-ce pas. Les femmes étaient si futiles, si bêtes, si effarouchées, si coquettes. vides. des trous. il aurait pu les appeler comme ça.
Ma sœur montait au front de la coquetterie comme une nonne guerrière, en puritaine. Elle avait son rejet en bandoulière. A huit ans, elle achetait seule ses vêtements, grève de la faim à l’appui, si nécessaire. Elle épluchait vitrines et catalogues à garde-robe comme un général fait le compte de ses chars.
Moi j'acceptais la fausse faveur de sa prédilection, et le prénom de son élection. de garçon manqué, c'était lui le garçon manqué.
manqué, mort, et enterré. (Sa bouche sentait le caveau. il se nourrissait de pourriture, il s'affamait, quand nous n'avons plus été là. Dans ses placards les paquets grouillaient d'asticots.)
Il m'avait prise par le prénom, tatouée pour écarter ma mère.
Les aventures tragiques de la gamine de Kessel cachaient, mal, son envie de clonage. puisqu’il m’a nommée comme lui. au féminin.
D’ailleurs je voulais bien, suivre la route à contre-sexe de mon nom.
Etre la proie de sa danse stupide, jamais. la plume d'autruche dans le cul, le dindon de la farce et la pintade qui glousse. je fuyais les mannequins, les automates en rose, les semblants d'êtres, en laisse et sans parole.
Jamais. le bleu. les arbres. les armes. le combat. la conquête. oui.
Je voulais bien être le garçon manqué qui transgresse la blancheur de sa race pour se coucher entre les pattes du lion, celle qui oscille entre deux sauvageries : le buveur nègre de sang de vache, le long masaï peint d'argile, et la bête de soleil aux crocs pleins d'éclairs. le roi.
Etre une fille. être cette merde dont le lâche s'essuyait les semelles.
Je grandirai pas, ou je me couperai les seins, à quatre ans je le disais à ma mère, je fomentais où acheter un robinet de petit mec, je volais les couvertures bleues des garçonnets à la sieste, je refusais les poupées barbies de la fête de noël, on m'apportait en grande pompe, seule, après tous les autres, le camion de pompier du berdache.
Pas de sexe, surtout pas de sexe.
Le sexe il l'accrochait tant aux murs, dans les livres, les livres sur les putes princesses qu'il me donnait en lecture, qui aimaient se faire fouetter, à leurs heures, pour remettre les pendules à l'heure (qui est le maître ?), c'était La Grande Fornicatrice, toutes des salopes etcetera, les piles d'Union, le magazine du couple, comment faire un cunnilingus, comment moins s'emmerder dans la baise, douze ans, quelle science, ou Kamasoutra, 120 positions plus 2 en promo pour mes 20 ans. son rire de honte quand je disais, ça va pas. ah bon tu n'aimes pas ? non. ha ha pourquoi ?
Dans mes yeux, j’aiguisais l'aiguille pour crever la poupée.
Ma mère partie il a pu se lâcher, en couvrant les cloisons, avec les photos du mensonge de son gosse à la une (encore un garçon manqué, le garçon caché), à côté la bouille ébahie de ma sœur à deux ans, ses billes bleues d'émail immense pendues à l'étal des culs rutilants, des putains à résilles, des truies à camionneurs collées aux murs, photos de charniers en pleine forme, en pleines formes, les femmes n'avaient pas de trou bien sûr, quel effroi, quel gouffre, mais des gonflements, des culs pléthoriques et des nichons protubérants comme des missiles.
Pour lui enfoncer dans l'œil ou dans la bouche.
Enfin plein. petit homme vidé.
Fille de mon père, fille du mensonge, fille du bourreau qui porte l'estocade d'un intellect puant l'éther, coup d’invectives, comme tranchoir de boucher, sur ses maîtres à vagin.
Fille du chien, il pleurait comme un chien.
Je voulais pas non plus : être ma mère, cette furie écumante, tonneau de vociférations crachouillant ses flammes épicées. la bite fraîchement découpée entre les dents et les tripes du mâle en collier, ça ne l'empêchait pas de brailler, la faire taire, impossible rêve, avec ses cris de porc égorgé, de danaïde, elle remplissait tous vos trous, elle prenait votre peau en y annulant la moindre parcelle d'air, en trouant la tête, elle vous possédait, elle vous voulait, elle vous prenait dans sa gorge et jamais ne lâchait la carotide.
Mon enfance, prise dans ce duel : entre deux feux, l’anguille furtive aux coups froids de lame mentale, l’arbre et l’écorce, la dégoulinade torrentielle, surenchère rougeoyante, monde, amoncellement de non-paroles, de tumultes bestiaux.
Duel pestilentiel. ennuyeux. perpétuel.
Enfer.
23:19 Publié dans golems | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note

Commentaires
Waouw, quel texte ! J'aime les serpents qui sifflent sur ta tête.
Ecrit par : tita67 | 09 février 2006
Est-ce une confession ou une fiction ?
On peut " regarder devant soi " et voir de l'amour ?
Ecrit par : mauridub | 13 février 2006
Ce n'est pas une fiction, mais parler de confession... ça supposerait une faute, non ?
Même dépeindre celles des autres, ce n'est pas mon propos. Ca ne m'intéresse pas de juger, juste de voir, nommer. Entendre.
Pour voir de l'amour, il faut (et il suffit) les yeux de l'amour. Heureusement je pense être équipée. (C'est sans doute pour ça que je ne m'en tire pas si mal).
Ecrit par : Patricia | 13 février 2006
Quel putain de coup de poing... Brrrrr Patricia tu me glaces les sangs.
Ecrit par : Chez | 14 février 2006
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