12 avril 2008

Langue d'equus

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Langue d'equus

11 avril 2008

 

 

Depuis décembre je ne dis pas grand-chose

d’abord on m’a coupé la langue

mais c’est sans importance

mais peut être une raison

ensuite j’apprends une langue sans mots

une langue de mouvements, d’éclairs alezans, de sensation dans les membres, de froid et de chaud, de peur et de tendresse, de bottes dans la boue, de pieds qui traînent, une langue dont les mots servent à voler

et que j’égrènepour l’heure

à coups de balbutiements terrestres

comme un albatros mazouté (mais vétéran des grandes traversées).

 

Qu’il est extrême d’apprendre des mots

que n’ouïssent pas les oreilles humaines

d’apprendre des mots de solitude et de vie

des mots d’instants et de vent qu’on ne dit pas pour se serrer près des semblables, pour se rassurer au bord du cercle de pierres, la margelle du feu,

 

mais ces mots qui sont dits pour aller là-bas

de l’autre côtévers l’étrange fascinant

pour quitter les sentiers battus et la terre même

pour franchir l’espace impalpable qui baigne les astres

pour aller à l’encontre d’une nature autrement nôtre, céleste, ailée, pour marcher fièrement sur les abîmes sombres, les eaux rugissantes, les arches irisées des arcs-en-ciel.

 

L’aventure est alchimique

viol de frontières

folie

absurdité

franchissement

départ

 

et aussi

 

retrouvailles

 

du plus rouge cinabre des plus brûlantes entrailles,

noces des forges du cœur,

ivresses de la liqueur pulmonaire,

palpation des atomes d’étoiles en cristaux dans la chair, fer, carbone, poussières de sol infiniment aïeules,

de tout ce qui en nous n’est pas

monnaie de singes

apprivoisés, primates parleurs.

 

 

 

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17 mars 2008

Imago

Je suis une imago

je sécrète mon cocon

ma salive cristallise

et ses fils s’entrelacent

dans un mouvement très lent

 

presque

imperceptible

sauf aux yeux des vents

qui parcourent la terre sur la route marine d’une saison.

 

Les mots disent des actions

de l’être

les mots sont des actes

de l’être

 

ce n’est pas le temps des actes vifs,aigus, rapides comme des fils d’épée.

 

C’est plus lent encore

que la boue qui décante

que les miasmes qui descendent

que les braises qui se désincarnent et deviennent

bulles de cendres

 

Car il est plus lent de créer

que de détruire

d’élever que d’écrouler.

 

Il faut de l’abandon

et de la vigilance.

 

Mes yeux d’imago

impassibles aux images externes

mes yeux porteurs et berceurs de la force future

contemplent sans faillir

sans cillerla coque cristalline qui se trame.

 

J’élève une densité légère

faite pour la gésine des organes profonds

pour ce qui change les langueurs de la larve –

 

larva, le masque,

pour l’éblouissement des ailes.

A visage nu.

 

 

 

10 février 2008

la rose des sables

09/02/2008

 

 

tu sais…. par terre, là, comme une rose des sables… cette esquisse, ce diadème estompé… c’est l’écho lointain, futur des parois

du cœur incertain…  autour de moi les parois de glace, de verre… fragiles… ce tintement… l’onde qui s’extrait de la rose, la rosace immatérielle… l’onde s’épanouit ou se trouble… son chant en moi comme une fontaine…. j’aimerais la voir imprégner enfin, la terre… ondoyer d’autres joues, un autre regard que le mien, perdu… j’aimerai une coupe pour cueillir l’eau et étancher la soif ou le goût de la pureté et de ce qui laisse

la lumière

passer.

 

 

Dans l'ombre de vos voix

10/02/08

 

 

allons bon… monte un poème, dans la lumière d’hiver, le sein de cristal, qui éclabousse la peau terrestre

 

cri de jouissance lactée, point d’orgue irrésolu, orgasme d’aube.

 

Le poème rare sourd d’un pore unique, ruisselle sur le ventre du désert. Ces temps la parole est rare. Quelqu’un a dit hier « c’est comme si ma présence devenait peu à peu silencieuse ». des fois les poèmes se taisent, longtemps. ce n’est pas grave. L’eau ne manque pas, au fond, dans l’ombre.

 

quelqu’un disait hier « ces temps-ci je disais à mes collègues c’est bizarre je m’intéresse de plus en plus à l’ombre et moins à la lumière »

 

puis « je suis traversée, je repose là, dans l’ombre de vos voix ».  

 

« On » veut me chasser de ma maison. Janvier est pour moi le temps des chasses. Les choses qui arrivent fondant du ciel comme des harpies, la bouche en feu d’insultes. C’est le temps de naissance de ma sœur. Expulsions.

 

Cette nuit je cherchais une maison, avec un enfant. Un chauffeur-chauffard noir brûlant les feux,  croquant les trottoirs, passant par les chas des aiguilles parmi la foule nous emmenait vers le pas de ma porte. Avec Matthieu l’enfant-mots.

 

La maison était confuse. Le pas de ma porte, il avait disparu. Quelqu’un avait emporté les escaliers.

 

Momentanément je recevais une visite d’ombres dans ma chambre, des ombres dont je ne rêve jamais, des ombres qui hantaient ma pré-naissance… La tante carabosse détruisait une cage où j’aurais voulu clore un rat qui enflait.

 

Puis autre version : ma maison était récupérée, en une splendeur bourgeoise, ors et stucs, elle enflait, elle se déployait, tout autour, ma maison-chambre était colonisée par un gigantesque bordel bourgeois, crédences, lustres et bergère, mes voisines les maquerelles à soixantaine Chanel s’invitaient à des chocolats épais. J’avais charge d’âme, deux petits enfants, il fallait les surveiller. se méfier des vieillards débonnaires. se méfier des ogres.

 

19 janvier 2008

Agence Vu

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Deux garçons

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Désastre


19/01/2008

 

Désastre

les astres

se décrochent du plafond

et tombent sur la Terre

ces moments

où je décroche dévisse

de la paroi

de mon être

et deviens

ange de brouillard gaze blanche

dérive

des continents nuageux

absence

ces moments

je démissionne

de la vie je rends

mon tablier

placentaire le contrat

est rompu

la poche

de brouillard se disperse entre deux airs

les continents blancs glissent

tectonique azuréenne

surrection d’inconsistance

l’insurrection impossible.

 

Débandade de nuages

la Pangée utopique

d’une vraie vie

rassemblée

 

Entre deux airs entre deux eaux

flotte

comme un brochet

amnésique attendant

ne sait plus quoi

j’ai manqué j’ai trahi

juste ma mémoire ou moi ?

moi un puzzle il manque un morceau

une pièce

on ne peut le construire

 

Je m’ensevelis dans ces bandages

bandelettes d’oubli

une parole de vérité

coulant de ma bouche

comme un filet de sang.

Le brasier

 

07/01/2008

 

 

La neige tombe doucement sur le sang.

 

 

Le sang tombe doucement sur la neige.

 

 

 

La nuit fend les jours comme la blessure d’une lame

 

Quelque chose

du fond

émerge

 

 

Vêtue

entièrement

de désarroi

 

mes pieds nus laissent

une empreinte invisible

 

 

blanc

sur

blanc

 

 

invisible

vie

en désarroi

signifie

sans armes désarmée prête à rien sans apprêt

 

puisque tout

est déjà

accompli

tout est dit

de l’impuissance

de l’ignorance

 

de la lueur d’étoile de l’amour.

 

 

 

Refuser

par simplicité

le geste de masquer

les trous

dans les loques

 

éviter de soulever en vain la main.

 

 

Énergie consumée

à esquiver l’inutile

à la préserver toute

 

pour le brasier.

 

 

 

Le brasier

est notre seul geste

 

 

 

Éclairer

en brûlant

habiter

la blessure de la nuit.

 

10 novembre 2007

Forges stellaires

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Lame d'au-delà

alors

 

tu as parlé d’impuretés, d’insuffisamment trempé dans la lame de mon crâne.

 

depuis fume la lente fusion. Dans le fourreau de chair tout fond et se reconstitue. tout brûle. La matière disparaît dans la lueur.

 

Échos, tocsin : mon cœur cogne comme une masse sur l’enclume, pulse, sourdement. derrière la lueur.

 

La lueur est faite de feu et de douleur. l’âme cuit. ma langue cuit.

 

Tu as parlé et la glace a attaqué           mutation. Les raisons ont disparu. Toutes. les bonnes, les mauvaises. les tiennes, les miennes.

Seul évènement : la survenue. L’exhumation d’une veine inouïe, incréée de la mine.

 

Soufre, safran. je disparais. j’apparais.

Ce n’est pas la raison, ce n’est pas la justice. C’est le choc de deux matières dont l’alchimie incombe aux plus sourdes aux plus hautes aux plus légères aux plus subtiles

pressions. Comme la chair sous la gouge et le maillet je disparais. Comme la chair sous la gouge j’apparais.

 

Qu’importe. je hais la douleur la vieille douleur qui fume mon âme. qu’importe. elle n’échappe pas au bûcher. tous les chemins y passent. bons, mauvais. Ici sous cette porte je suis jugée. La jauge étroite m’écorche et le chemin continue à défiler sous mes pas. Les cribles de glace me traversent. Je n’évite pas la douleur. je ne veux pas non plus. mais tout de moi est debout quand elle me parsème. Seul destin de ma stature, cette lame, plus irréelle.

 

Lame d’au-delà.

 

09/11/2007

 

09 novembre 2007

La gueuse et la princesse

J’ai oublié la rage parce que je souffre moins. Ma rage je l’habillais d’atours somptueux, comme une mendiante pouilleuse pour en faire une reine. Je trempais le pinceau dans mon sang pour faire du rouge, cymbale de cinabre, orgasme d’empereur. un rouge de Chine profond. Je trempais le pinceau dans la coupe bouillante du soleil, pour sa couronne. Je trempais la plume dans mes larmes les plus pures, coulées des glaciers d’extrême altitude : bleu.

Le vert était le prince des arbres, l’ancêtre renaissant dans la gloire éblouie des premières feuilles. Pour le noir, le plus oublié des cachots de mon cœur.

Et la catin dansait, clinquant des hanches,  agitant sa mitraille et ses piécettes, pour tromper un instant la mort, gagner du temps… Rage du renard qui mord le piége d’acier noir, rage du cheval mordant ses flancs sous la douleur.

 

Maintenant je fais le contraire. Je ramasse une princesse dans le ruisseau, je la pare de guenilles car la vraie princesse doit briller par la preuve de sa peau nue, et la mort devant elle doit baisser ses paupières.

 

La princesse ne danse pas, elle regarde. Elle ne parle pas beaucoup d’ailleurs, elle se tait. Elle attend que tombent les loques, les mots, les défroques, que la langue se rebrousse les couleurs rétrogradent réintègrent le prisme reconstituent la première lumière le premier univers le commencement la seconde qui précède le commencement le battement de cœur où la pensée s’ouvre comme une fleur le flash

« enfin »

 

 

04/11/2007

 

04 novembre 2007

Un mot rond comme un caillou

Cesser

de consentir

quand c’est fait

 

Reprendre le ressac

nerveux

de la révolte.

 

De même, quand la révolte s’éternise

se perd en débattre pathétiques

 

Consentir gravement

désespérément, avec pureté.

 

Pour l’heure

refus

 

de la falaise

qui s’obstine contre mes eaux

refus

 

de leur retombées mousseuses

refus

 

de l’oubli des langues

serpentines des langues cramoisies

refus

 

de l’atmosphère tachée de fièvre qui se délite.

 

Je hurle

 contre la pierre

qui repousse mes eaux cambrées,

l’outremer chevauchant des dangers salins,

 

comme la grève, battue comme plâtre, hurle

à l’encontre de l’assaut des vagues

qui la soumettent et se retirent.

 

Non

est un mot rond

comme un caillou

qui tient bien

en bouche.

 

Il sied parfois

d’en tenter le mors.

 

01/11/2007

 

01 novembre 2007

Depuis le Joujou rouge encore

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Le silence des paupières

J’aurais pu dire

aux étoiles fugitives

de se fermer

j’aurais pu

dire aux paupières

Chut

taisez vos regards,

embrassez le sommeil

comme deux jeunes sœurs dans ces tableaux trop romantiques

J’aurais pu dire à tout ce sang

à tous ces ors

Taisez-vous

Maintenant

assez de cris

 

assez de corps

à corps et à cris

cessez

de réclamer

 

(ainsi clament les trompettes du jugement

sans discontinuer

au dernier seul closent

les yeux)

 

Le jugement dernier je l’attends sans baisser les yeux.

Dans la nuit fraîche je bois le silence.

Pour garder la douceur des calices.

 

 

28/10/07

 

31 octobre 2007

Glanés au Joujou Rouge

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Je saisis le prétexte de ta chair absente

Je saisis le prétexte de ta chair absente

de tout de toi

absent pour mordre au sang

mon adresse

 

Je dis

Je dis pour remplacer

contredire le tempsj

e dis pour ressusciter les morts

je dis

l’absence

pour contrer.

 

Je n’ai que ma bouche

presque vide

pour prendre le choc

de la lame

dont le tranchant

effaça mon corps entier.

 

Là où j’étais : tranchant,

moins que l’air

 

Je n’ai que ma bouche

pour marquer les lèvres

d’une blessure.

 

L’écho lucide des larmes pour invoquer les substances abolies.

 

Le sabre qui s’abat

Je veux le prendre contre mes dents

 

Habitant ma disparition

Il peut y avoir du répondant

 

Il peut y avoir plus que le vide

 

La présence.

 

Archéologue de ma propre vie, de mes propres restes,

 

dépoussiéreuse de débris

hante,

fantôme d’un local désert.

 

Le goût des poussières dans la bouche.

La salive du sable.

 

Être indocile est ma seule liberté.

 

Je voudrais retrouver

le geste

réinventer l’étincelle

de toute cette musique, trouver silex assez intense

pour choquer cœur à cœur,

 

Enfanter l’enfançon du feu.

 

Si peu de choses

sont peut-être possibles : Deux mains,

deux points qui ne rompent pas

 

et le souvenir évadé de tous les temps,

le fuyard éternel

 

de la volonté du feu.

 

 

27/10/2007

 

30 octobre 2007

Effexor 21

C’est pas poétique, dormir

(même si les musiciens baroques tombaient facilement dans les bras de Morphée).

 

Le sommeil des autres fait rêver mais le mien quelle poisse

La somnolence qui m’assassine

à chaque numéro du mois

y compris celui

de l’assassin

 

21 ça lui va bien, à

Effexor®

 

Oui. Effexor® habite au 21 et me foudroie mollement à chaque fois que je m’allonge

à toute heure du jour et de la nuit

 

Depuis que ma lèvre

est prise à son hameçon

rose pâle, la cédille,

pour me tenir les ouïes hors de l’eau

 

je dors

le jour et la nuit

je dors

sans trêve et sans répit.

 

Peu à peu

j’affine mes jutsu pour aligner le petit ninja

le baby Pack Man

sous sa camisole chimique…

Pour tromper la ronde sifflante des shuriken

je danse je saute j’esquive mais quand je rate

ma parade je m’étale

dans le grand technicholor du cauchemar, j’apocalypse now

etcaetera etcaetera…

 

Docteur Mabuse, c’est pas gentil, t’abuses, t’abuses…

 

29 octobre 2007

Le pacte

Allez il faut recommencer parce que tu t’approches du poteau mais tu ne sens pas encore l’odeur de la peau qu’on flaire quand on est assez proche l’odeur qui sort des pores comme l’encens de l’âme, brouillard opaque sans signification, pure et simple présence.

 

Ce corps là. De cette personne là. Ce qui fait obstacle, bouchon, ce qui fait trait d’union, aussi, accent circonflexe, accent aigu, toute la ponctuation y passe, dans ce corps là.

 

Parce que tu désires et qu’elle désire aussi mais elle ne veut pas. Parce qu’elle a enterré le désir loin

dans ce corps là. Son corps comme un barrage. un barrage qui te permet d’approcher si près. contre la montagne de béton tu écoutes son cœur. tu écoutes battre la veine à son cou comme un pétale accéléré. tu désires mais ton corps aussi est un barrage, une tourbe. alors tu peux sans presque mentir poser tes mains sur le barrage, poser les mains sur ses seins et sentir la chaleur onduler sans mourir. tu désires mais six océans d’empêchement précèdent tes mains et tes bras. Huit montagnes accablent ta bouche. tu aspires ta propre haleine. ton pubis est innocent comme une joue. tes trous coulent en vain, comme par erreur. Dix tonnes de silence masquent son profil, interposent sa peau et les mots insensés, les mots qui trouent.

 

On disait, un roué d’un qui dissimule. Aussi un supplice.

Rayons de ma roue : mes membres de Shiva, surnuméraires, insolites, exotiques, qui tentent de se faire passer pour une statue, comme un cambrioleur surpris en plein larcin.  N’avouez jamais.

Toutes deux c’est notre partage le plus secret, notre vrai pacte. N’avouez jamais.

 

 

 

27/10/2007

 

Rouge absent

écoute précisément :

du tas de fumier de ta chair

des braises tisonnées,

détruites, brandons à l’odeur de fumée

 

ce corps un nid

où l’œuf a pourri

le phénix n’ouvre pas ses ailes

 

mille pétales de flammes

 

la coupure du sexe

n’aiguise aucun feu blanc

au blanc du centre

disparaissant

la coupure ne saigne même plus

 

les traces brune

qui penserait

l’odeur même s’en est enfuie

 

Rouge absent

brûlure ignorée

un ton qui manque

à jamais au soleil.

 

 

 

27/10/2007